j'erre à travers mon beau paris

Antiguide de la ville

 

 

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  • La Comédie française et lumineuse


    Rue Fontaine
    Signature

    C'était rue Fontaine, à la Comédiede Paris. Marion Dumas parlait d'amour, dans ce petit théâtre, construit dans un style art déco. À deux pas, le Bus Palladium fait résonner les échos lointains de la libération sexuelle des années 1960.

    L'artiste avait opposé son élégance espiègle mais volontaire aux effluves égrillardes du quartier et à la désertitude du week-end prolongé d'un 14 juillet 2005 étouffé sous la chaleur et sous la conformité aux normes transhumancières.

    Belle devant l'adversité, elle alors déployé les ressources de la conversation libertine, ressort de son spectacle « Hop ! hop ! hop ! ».

    Certes, ce n'est pas l'art des salons tel qu'il se pratiquait au XVIIIᵉ siècle, mais son monologue s'enrichit de l'ardeur des filles libérées par la parole et par les jeux des corps. Libres, mais toujours prisonnières d'elles-mêmes.

    Une scène parmi tant d'autres, plus subtiles ou plus directes : Marion a coiffé la perruque d'une actrice, de celle qui soignent leur gloire à force d'interviews dans Gala. Des airs de pétasse ostensiblement passionnée de toutes les pratiques du sexe. Elle répond en américain aux questions de la journaliste d'une télé et ses réponses sont traduites avec ce qu'il faut d'équivoque explicite comme la chute :

    – my God !

    – mon gode !

    Malgré les outrances calculées, tout, dans ce spectacle, provoque chez les femmes les réminiscences des rêves virginaux où les fées agissent de leurs baguettes omnipotentes. Les hommes, eux, sont soumis au charme qu'évoque un monde de fusion avec l'âme sœur. Ce show, finalement, n'est que quête d'amour.


    La beauté parfois ravageuse de l'artiste n'est pas pour rien dans les images qui envahissent, à coups d'œillades, le cerveau du spectateur.

     

    Éloigné dès les premières secondes par les provocations dressées entre la salle et la scène, le public est conduit à reconsidérer les lieux communs des conversations érotiques. Restent des saynettes où se mettent en scène des tragédies personnelles où le rire évite les larmes.

    Le passant avisé, qui a fait le détour pour des motifs qu'il ignorera à jamais, appréciera d'autant plus la rencontre qu'elle se produit à l'endroit précis où habita André Breton, de 1922 à 1966.

     

    Ces « pétrifiantes coïncidences », ces « hasards objectifs » sont la matière même qui construit Paris.

     


    janvier 1948 - juillet 2005 - mars 2020