j'erre à travers mon beau paris

Antiguide de la ville

 

 

Serveur d'images, de souvenirs et de réflexions
surgis au hasard des rues

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  • sur la route de la révolte en reconstitution


    Au XVIIIe siècle, la route de la Révolte frôlait Paris. Son nom pré-révolutionnaire, c'était « route du Prince ».

    Route du prince parce qu'elle reliait Versailles, résidence des rois vivants, à Saint-Denis, où se dressait leur nécropole promise.

    Route de la Révolte à la suite d'une « émotion populaire », une manifestation violente du peuple.

    Dans cette époque où les mœurs des classes dirigeantes de la société évoquaient dans les imaginations populaires les débordements de Sodome et de Gomorrhe, la disparition d'un enfant avait provoqué le jaillissement de la colère contre les aristocrates dans leur ensemble. Bien des haines accumulées au cours des temps avaient déferlé sur cette route. Ce qui montre bien qu'il est difficile de contourner le peuple et ses réactions spontanées. Un film de Bertrand Tavernier, « Que la fête commence », évoque une scène de ce genre. Des aristocrates en carrosse avaient renversé et tué une petite fille qui jouait sur la route. La mère avait lancé l'émeute, l'« émotion populaire ».

    Il y a bien longtemps que Paris a grignoté une partie de cette route. Entre la Porte Maillot et la Porte de Clichy, vous prendrez part à cette révolte ancienne et vous nourrirez la vôtre si le cœur vous en dit en passant par le boulevard Gouvion Saint Cyr, l'avenue Stéphane Mallarmé, le boulevard de Reims et le boulevard Douaumont. Entre ces deux derniers boulevards, vous passerez même sous le Pont de la Révolte.

    L'ordre règne. La route de la Révolte passe devant le nouveau palais de justice. 2018 marque une sorte d'apothéose. Pour mieux cerner la Révolte, un immeuble a été construit à côté de ce palais de verre, celui ce la police judiciaire, aussi opaque que possible. Entre les deux, un souterrain où toutes les oubliettes peuvent s'imaginer. Le bâtiment policier a pour adresse 36 rue du Bastion, comme pour bien mettre des points sur les i et signaler aux révoltés de tout poil ce qui les y attend.

    Mais le tribunal est tout de verre et voué au culte de la transparence. Béni soit-il !

    Les fortifications disparaissent peu à peu et leurs bastions s'oublient. Trois guerres sont passées par là.

    Du bon côté, Paris ouvrait un boulevard au maréchal Berthier. Du mauvais côté, celui de la Révolte, s'étendait une zone indéfinie. Trouble.

    Les fortifs, spectaculairement construites pour effrayer l'ennemi, ont, où s'élevait le quarante quatrième bastion, laissé place aux ateliers et aux magasins des décors de l'Opéra de Paris. Alors, songe bien en combattant qu'un œil noir te regarde. Quant à savoir si l'amour t'attend…

    En passant votre chemin, au delà des tombes des juges et des flics, en longeant toujours l'ombre de la route de la Révolte, juste après la porte de vous Clichy, pouvez entrer au cimetière des Batignolles. Une étoile polaire et singulière, la stella octangula y révèle au passant solitaire la tombe d'André Breton. Elle oriente ses souvenirs.

    De l'autre côté de la rue qui longe le champ magnétique des morts, le lycée Honoré de Balzac était encore neuf, en 1966. Un nouveau monde s'ouvrait ici au moment où s'ensevelissait, là, l'anticonteur, qui osa écrire « il y aura une fois ». Comme pour préparer ce jour, des lycéens lisaient et diffusaient alors un journal Révoltes, lancé par les partisans de la Quatrième Internationale pour inciter les jeunes à parcourir le chemin qui mène « de la révolte à la révolution ».

    JE CHERCHE L'OR DU TEMPS
    ANDRE BRETON
    1896 - 1966
    ELISA BRETON 1906 - 2000


    décembre 2017 - novembre 2018 - janvier 2019